La thérapie canine : bien plus qu’un phénomène de mode

Zoothérapie, thérapie assistée par l’animal, médiation par l’animal, cynothérapie, thérapie canine…Autant de termes pour décrire un même principe : une médiation entre un professionnel et un individu souffrant de troubles physiques, mentaux, affectifs ou sociaux, et faisant intervenir un animal. Cette intervention vise à maintenir ou à améliorer la santé de l’individu.

Quelles en sont les origines et les principes ? Où se pratique-t-elle ? Quelles sont les implications pour l’ « animal-médiateur » ? Quid des résultats ? Gudog vous dit tout.

Origines et Principes

On note, dès la fin du 18e siècle, des pratiques visant à utiliser les animaux comme vecteurs de guérison. En Angleterre, on chargeait les patients psychiatriques de s’occuper de poules, afin d’induire chez eux un plus grand contrôle émotionnel.  Mais c’est aux Etats-Unis, vers 1960, que les potentialités thérapeutiques des animaux se révèlent. En effet, le psychiatre Boris Levinson découvre par hasard que son propre chien réussit à percer la carapace d’un enfant, autiste sévère, mutique et prostré. Dans les années 1980, d’autres thérapeutes vont mettre en évidence les bienfaits de l’animal sur la santé : baisse de la tension artérielle suite aux fréquentes caresses à un chat, amélioration des capacités psychomotrices conséquentes à des séances de soins prodigués par des patients à des hamsters, apaisement des détenus suite à l’introduction de chiens dans les prisons américaines.

Le principe de la zoothérapie est simple : baser la thérapie sur l’échange positif entre l’homme et l’animal. La relation humain-animal est très ancienne (les premières traces de domestication du chien datent du Paléolithique supérieur !).  Fondée sur la confiance, l’affection, la complémentarité et la responsabilité,  elle serait un catalyseur de l’amélioration des conditions de vie. Le chien permettrait de combler certains des besoins psychologiques et émotionnels (se sentir aimé(e) inconditionnellement, se considérer  utile, restaurer le lien ancestral avec la nature), de réduire le stress, de surmonter certaines  difficultés (isolement, marginalisation) et d’exprimer plus facilement ses sentiments. Aussi, on fait intervenir des animaux là où la douceur fait parfois défaut. Le chien est un animal particulièrement apprécié en zoothérapie, car il est à la fois docile et sincère.

Où ?

La thérapie canine est employée dans différents cadres. Chez les enfants, la cynothérapie encourage la sensorialité, la communication et la meilleure appréhension de la relation à l’autre. En milieu hospitalier et gériatrique, le chien tend à avoir un effet positif sur l’état moral des patients, qui ne pensent plus à la maladie/ vieillesse/ solitude pendant son intervention. Par ailleurs, le chien est employé comme agent de motricité : par des jeux ou des promenades,  les patients reprennent une activité physique.  En prison, le chien remplit une fonction de « reconstruction » : narcissique (besoin d’aimer et d’être aimé, de ne pas se sentir jugé) et sociale (vecteur de réintégration). Il suscite également l’apaisement de la population carcérale, soumise à l’enfermement et la promiscuité.  En milieu psychiatrique, la cynothérapie permettrait de soulager le handicap mental : calmer, déverrouiller la parole, canaliser l’attention et développer l’autonomie.

En France, la zoothérapie a longtemps été sujette à controverse.  On préfère d’ailleurs employer le terme de « médiation » ou d’ »Activités Associant l’Animal »,  les animaux étant plus considérés comme des médiateurs que des thérapeutes.  Le métier d’ « Intervenant Professionnel en médiation animale » n’est pas reconnu en tant que tel. Les intervenants sont en général des professionnels de santé ou des bénévoles formés à la zoothérapie. Aussi, la pratique reste peu répandue, bien qu’elle se développe.  En revanche, la zoothérapie est populaire aux Etats-Unis (ex : « dog therapy » pour le traitement du TSPT chez les vétérans) et au Canada.

Quid du chien-médiateur ?

Première règle pour bien appréhender la thérapie canine : le chien n’est ni thérapeute, ni médicament. Il est seulement médiateur et vecteur d’amélioration.  Seconde règle : la médiation part de l’animal, pas du thérapeute. Aussi, si le tempérament du chien ne convient pas aux activités induites par la thérapie, il n’est pas recommandé de l’y astreindre. Troisième point : le rythme de travail du chien et son âge de « mise en retraite » sont à prendre en compte, dans le respect de son bien-être. Dernier point : l’intervenant doit former une équipe avec son chien, savoir lire sa fatigue et ses signaux émotionnels.

Il n’y a pas de critère de race, hors chiens caractérisés. On sélectionnera dûment le chien selon son caractère. Il sera ensuite éduqué en fonction du public qu’il assistera. L’éducation sera positive et non axée sur la sanction, le chien étant un animal sensible. Un bilan vétérinaire sera effectué régulièrement, afin de garantir sa capacité à « travailler ».

Résultats 

Bien que la cynothérapie suscite le scepticisme, les témoignages positifs à son égard sont toujours plus nombreux.

Au CH d’Amiens, William Lambiotte, infirmier psychiatrique et cynothérapeute, explique que l’un de ses patients, schizophrène, avait des angoisses du monde extérieur. « Depuis que nous l’avons pris en charge avec les chiens, sa vie est transformée. Il se balade, se rend à la cafétéria ».

L’association de thérapie canine Cœur de Jacotte intervient à l’Hôpital pédiatrique de Sens. Barbara de Vriendt, auxiliaire de puériculture, constate que les chiens contribuent à distraire les enfants et à calmer l’angoisse des parents en salle d’attente.

Anne-Sophie Lamotte, infirmière zoothérapeute, fait intervenir son chien Nino au centre gériatrique d’Amiens. Elle explique : «Nino est utilisé pour la toilette, par exemple, pour les patients agressifs ou angoissés. Pour les patients atteints de syndromes de rétractation, le contact avec la douceur du poil permet à l’ergothérapeute d’arriver à déplier des membres. Mais on voit surtout les sourires quand Nino arrive : tout se passe dans la communication non-verbale. » 

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