dualla et asli chien eduardo casas

Vivre avec un chien

Aujourd’hui nous laissons la parole à Eduardo Casas qui a signé cette magnifique tribune dans la version espagnole du Huffington Post. Nous lui avons demandé l’autorisation pour la traduire et c’est plein d’enthousiasme qu’il nous a donné le feu vert. Voici ses mots.

Cela fait quelques années que le nombre de chiens dans nos foyers ne cesse d’augmenter. À en croire les statistiques, il y a environ six millions de chiens répertoriés en Espagne -auxquels il faut sans doute ajouter une grande quantité de « sans-papiers », ceux que les maîtres n’ont pas jugé utile d’inscrire dans un registre, ou de faire vacciner-. Dans mon propre quartier j’ai vu comment le nombre de chiens errants a augmenté au fil du temps, et même ceux qui ont une famille attitrée ne reçoivent souvent pas tous les soins dont ils ont besoin.

Un chien n’a pas besoin d’hectares de jardin pour être heureux, il n’a même pas besoin de passer toute la journée au grand air. Les chiens de toutes tailles peuvent s’adapter à la vie en appartement, tant qu’on leur offre l’attention et l’activité physique nécessaire. La taille de votre logement n’est donc qu’une bonne excuse pour ne pas adopter un chien. Il y a d’autres questions qu’un aspirant adoptant devrait se poser: de quel budget je dispose et est-ce que j’ai assez de temps libre à lui consacrer.
Un chien ça coute de l’argent. En nourriture, en soins vétérinaires, et la facture peut grimper à près de mil euros par an. Si nous ne pouvons pas nous le permettre, il vaut alors mieux remettre à plus tard l’entrée d’un chien dans notre vie.

Un chien aura besoin d’une chose essentielle: pouvoir se dépenser

Et cette activité physique, nécessaire à son bon état de santé, ne pourra pas faire de mal à la vôtre. Si vous n’avez pas deux – ou même trois- heures à lui consacrer tous les jours, il vaut alors mieux que votre famille ne prenne pas de chien. Un chien qui ne peut pas sortir dans la rue, pour rencontrer d’autres chiens, renifler plein d’odeurs et dépenser l’énergie accumulée, est un chien malheureux. Nombreux sont les maîtres qui se plaignent du problème de comportement de leur chien. En fait, il s’agit bien souvent d’une manifestation classique d’un manque de socialisation et d’activité physique. Il y a d’ailleurs une phrase qui vient à dire « un chien fatigué est un chien heureux ».

Pour un chien, les bonnes excusent n’existent pas

Même si vous rentrez fatigué du travail. Même si dehors il pleut, il fait froid ou au contraire un soleil de plomb. Un chien a besoin de sortir et de voir le monde. Nous devons donc être préparés pour ça. Une promenade sous la pluie peut même être agréable lorsque l’on est correctement équipé. En ayant par exemple des vêtements vieux, ou résistants, ou les deux à la fois, pour les promenades. Des tenues faites pour être recouvertes de boue, de bave, d’empreintes de pattes. Des chaussures confortables, un sac avec une gamelle, une bouteille d’eau et une petite trousse de premiers secours.

Un chien a besoin de son maître toute l’année. Même pendant les vacances. Il faudra donc prévoir nos voyages en conséquence ou trouver quelqu’un qui puisse en prendre bien soin pendant notre absence. Quelques jours en bord de mer -près d’une plage où les chiens sont acceptés– peuvent être une expérience très enrichissante, surtout si chien comme maître aiment se baigner.

 

Ni un être humain, ni un jouet, juste un chien

 Si vous êtes vraiment décidé à prendre un chien, vous devez avant tout être prêt à le comprendre. Il ne s’agit pas d’un être humain, mais ce n’est pas non plus un jouet ou une marionnette. Un chien a une personnalité bien à lui, il a besoin de trouver sa place tant dans la vie et au sein de sa famille. Si vous n’y parvenez pas, cherchez rapidement de l’aide auprès d’un spécialiste, parce que les mauvaises habitudes sont bien difficiles à corriger lorsqu’elles sont installées depuis de nombreuses années.
Avec votre chien vous vivrez de bons et de mauvais moments. Les chiots adorent jouer et détruire tout ce qui est à leur portée. Ils ont besoin de plusieurs mois pour apprendre où ils peuvent faire leurs besoins -et vous allez devoir ramasser des excréments tous les jours, partout où vous irez (malheureusement, à cause de quelques personnes qui manquent d’éducation, ce sont tous les propriétaires de chiens que l’on met dans le même panier). Un chien peut se battre avec ses congénères -tant qu’on ne lui apprendra pas les règles de la vie en communauté- il peut fuguer pour les chaleurs d’une femelle s’il n’est pas stérilisé (la stérilisation est, disons-le, la garantie d’une vie plus longue pour les mâles comme les femelles). Un chien ça tombe malade, ça peut même avoir des troubles psychologiques comme par exemple l’anxiété de séparation. Si vous n’êtes pas prêt à l’accepter tel qu’il est, avec ses problèmes, alors vous ne devriez pas faire entrer un chien dans votre famille.

Vous êtes tout pour lui

Aux yeux d’un chien, d’autant plus s’il n’a connu que vous depuis ses premiers mois, vous êtes le monde entier. Il ne connaît rien d’autre que le simple bonheur d’être auprès de sa famille, de jouer avec ses maîtres et de les protéger. Le fait de l’abandonner ou de le donner à quelqu’un d’autre est extrêmement destructeur pour le chien d’un point de vue psychologique. D’ailleurs l’abandon, en plus de le condamner à une mort presque certaine, est un délit. Si vous n’êtes pas prêt à vous engager pour toujours auprès d’un chien, alors vous feriez mieux de passer votre chemin, vous chercher un autre passe-temps, de préférence inerte et sans sentiments, pour décorer votre intérieur.
Vous devez également comprendre qu’un chien a besoin d’avoir sa place dans un foyer, qu’il n’est pas destiné à être le chef de la meute ni à imposer sa volonté. Il aura le droit d’entrer dans les pièces ou de monter sur les meubles que vous lui aurez assignés, il mangera aux heures et endroits que vous aurez établis et, pour résumer, il devra suivre les règles que vous aurez dictées. Vous n’avez pas besoin de la violence pour lui inculquer tout ça. Si vous n’y parvenez pas, cherchez de l’aide à l’extérieur.

Vous êtes prêt à avoir un chien seulement si vous arrivez à respecter toutes les conditions qui viennent d’être citées. Choisissez un chien que vous parviendrez à faire obéir, qu’il soit petit ou grand, mais surtout laissez-le être ce qu’il est, un chien. Il m’arrive souvent de croiser des chiens de petite taille – comme le Yorkshire par exemple- que les maîtres traitent comme s’il s’agissait d’une peluche, en le prenant dans leurs bras dès qu’ils croisent un autre animal, en leur apportant un excès de protection dont ils n’ont aucunement besoin. Si c’est votre premier chien, n’en choisissez pas un têtu ou de caractère compliqué -cela comprend un grand groupe allant des pitbulls aux chiens de races nordiques- et surtout faites correspondre ses besoins aux vôtres -un berger belge ou un malinois aura besoin d’une dose bien plus élevée d’activité physique et mentale qu’un golden retriever, mais tous les chiens ont besoin d’un minimum de deux heures quotidiennes d’activité pour se sentir bien.

Adopter plutôt qu’acheter

Et il va sans dire que vous devriez penser à adopter un chien sans race qui a été abandonné, plutôt que d’en acheter un de race. Le mélange des gènes leur permet d’avoir une bien meilleure santé, les chiens de race sont issus des croisements d’un nombre réduit de membres d’une même lignée, ce qui a un impact négatif à la longue.

De nombreux animaux ont partagé ma vie, dès le plus jeune âge – poissons, oiseaux, hamsters, tortues et même un perroquet et un chat – et avec aucun d’entre eux je n’ai pu atteindre le même niveau d’affinité, de connexion et d’échange d’amour que ce que j’ai pu avoir avec un chien. Leur capacité à nous comprendre est vraiment extraordinaire, ils sont prêts à tout pour nous protéger, ou ne serais-ce que pour nous arracher un sourire lorsqu’ils perçoivent que nous sommes tristes. Ils sentent la moindre variation de nos émotions et font de leur mieux pour nous aider à les rendre équilibrées, comme pourrait le faire un chien correctement socialisé.

Chaque chien a son propre caractère

Même des frères issus d’une même portée pourront s’avérer complètement différents. Certains adorent se baigner alors que d’autres détestent l’eau. Il y a des chiens qui seront toujours collés à vous, alors que d’autres préfèreront vous observer à une certaine distance. Et surtout, certains sont soumis quand d’autres sont dominants, et chacun a besoin d’être traité selon ces particularités.

C’est pour cela qu’il faut bien réfléchir avant de prendre un chien, se demander si on est prêt à changer notre vie pour accepter l’un d’entre eux à nos côtés. Personnellement pendant dix ans cela m’a été impossible, parce que mon travail ne me le permettait pas. Maintenant je vis en couple, et à nous deux nous arrivons à donner à nos deux filles l’attention dont elles ont besoin.

Si après tout cela, vous décidez tout de même de prendre un chien, et vous ne vous avérez pas capable d’honorer vos engagements, vous aurez commis une erreur terrible, vous condamnez à une existence misérable un être pour lequel vous étiez plus que tout. Si en plus, vous l’abandonnez ou vous le lui donnez pas les soins dont il a besoin, je suis navré de vous le dire, mais vous êtes un être misérable en plus d’un délinquant.

Photo principale: Dualla et Asli, les chiennes d’Eduardo Casas, auteur de cette tribune.

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